

Le postnoviciat salésien de Lomé a abrité du 13 au 14 mai 2026 le curatorium 2026 concernant la marche des deux noviciats et du postnoviciat que compte la province AOS. La rencontre a été convoquée par le Père Alphonse Owoudou, Conseiller général en charge de la Région Afrique Centre et Ouest. Au sortir de cette rencontre, le Père Alphonse revient sur ce moment en précisant l’importance du curatorium pour l’animation des maisons de formation, les décisions prises lors de cette assise et ses attentes.
- Révérend Père Alphonse, vous venez de célébrer la rencontre annuelle du Curatorium pour les maisons du noviciat et postnoviciat présents dans notre Province AOS. Veuillez, s’il vous plait, nous dire l’importance que revêt cette assise pour la formation salésienne ?
Le Curatorium est un moment très important parce qu’il nous rappelle que la formation salésienne n’est jamais l’affaire d’une maison isolée, ni même d’une seule Province. Elle est une responsabilité partagée. Quand plusieurs Provinces confient leurs jeunes confrères à une même maison de formation, elles doivent aussi porter ensemble la qualité de cette formation, la stabilité des équipes, l’accompagnement spirituel, la qualité intellectuelle, la vie communautaire et la fidélité au charisme de Don Bosco.
Dans l’esprit de la nouvelle Ratio, le Curatorium devient donc un lieu de discernement, de communion et de coresponsabilité. Il nous aide à vérifier si nos maisons de formation forment réellement des Salésiens humainement et charismatiquement compétents, disponibles pour la mission, proches des jeunes, et capables de vivre la vocation salésienne avec joie et authenticité.
J’ai rappelé lors du Mot du soir, dans le contexte de la veillée de l’Ascension, que deux dimensions sont décisives chez les jeunes confrères : la motivation et la compétence. La motivation, c’est le vouloir-faire ; la compétence, c’est le savoir-faire. Si un jeune confrère ne cultive pas ces deux attitudes, même les meilleurs formateurs auront du mal à l’accompagner efficacement. On ne forme pas quelqu’un malgré lui. La formation suppose une grâce, bien sûr, mais aussi une liberté qui répond, une intelligence qui travaille, un cœur qui se laisse accompagner, et des mains prêtes à servir. Le Curatorium nous aide précisément à regarder tout cela avec lucidité : non seulement les structures, mais aussi les dispositions pour être capables de suivre le Christ à la manière de Don Bosco : des hommes de foi, équilibrés et doué des aptitudes intérieures et concrètes nécessaires pour embrasser avec succès la sequela Christi dans le style de Don Bosco.
- Quelles ont été les principales décisions et nouveautés observées lors de ce Curatorium ?
Ce Curatorium a mis en évidence plusieurs points importants. Il y a d’abord une insistance très claire sur les différentes dimensions de la formation. Les décisions et recommandations reviennent sur la nécessité d’assurer la dimension intellectuelle dans l’accompagnement, de mieux vérifier les documents d’admission, de prévoir un bilan de santé physique et une évaluation psychologique avant certaines étapes, et d’aider les jeunes confrères à prendre au sérieux les études et le travail manuel comme de vraies valeurs salésiennes.
Il y a aussi une attention forte au bilinguisme, notamment français-anglais, sans oublier le portugais. Cela est très important pour notre Région, parce que la mission salésienne en Afrique ne peut pas rester enfermée dans des frontières linguistiques trop étroites. Former au bilinguisme, c’est aussi former à la mobilité missionnaire, à l’ouverture culturelle, à la collaboration interprovinciale et à une meilleure insertion dans la Congrégation.
Un autre point significatif concerne les technologies, surtout les TIC et l’intelligence artificielle. Le Curatorium demande une formation à une meilleure connaissance et à un usage approprié de ces outils. Cela montre que la formation salésienne ne peut pas rester nostalgique d’un monde qui n’existe plus, ni continuer comme autrefois à diaboliser le téléphone, l’internet, etc. Les jeunes que nous accompagnons vivent déjà dans cet univers numérique ; nos formateurs et nos communautés doivent donc apprendre à l’habiter avec intelligence, prudence, créativité et sens pastoral (cf. CG29).
Enfin, il y a une nouveauté très importante sur le plan économique : l’appel à promouvoir l’autoprise en charge des maisons de formation par des activités génératrices de revenus, ainsi qu’une meilleure communication entre les Provinciaux pour faire face aux besoins humains et financiers. C’est un point délicat, mais essentiel. La Congrégation et les Procures ont été, jusqu’ici, très généreuses envers l’Afrique. Il faut le reconnaître avec gratitude. Mais nous devons aussi comprendre que le coût de la formation, de la qualification des confrères, des enseignants et des formateurs devient de plus en plus lourd. Il ne s’agit pas de dire que la Congrégation nous abandonne ; au contraire, il s’agit d’entrer dans une maturité plus grande, où la solidarité reçue devient à son tour responsabilité assumée.
- Quelles sont vos attentes à l’issue de cette assise ?
Mon attente principale est que ce Curatorium ne reste pas un bel exercice de réflexion, mais devienne un vrai plan de conversion formative, communautaire et économique. Nous devons sortir avec des décisions suivies, évaluées, accompagnées. L’Afrique est souvent présentée comme un poumon de l’Église catholique, et l’on dit aussi que l’Afrique et l’Asie représentent l’avenir de la Congrégation. C’est vrai, et c’est une belle déclaration, un peu trop facile quand il faut en payer le prix. Mais je dois ajouter avec lucidité que ces deux régions sont aussi celles qui enregistrent beaucoup d’entrées et de sorties. C’est là que se croisent l’enthousiasme des jeunes pour le charisme salésien et l’urgence d’une formation solide, exigeante et bien accompagnée.
C’est une grâce immense, mais aussi une lourde responsabilité. Nous ne pouvons pas seulement nous réjouir du nombre des vocations. Nous devons nous demander : quelle est la profondeur de ces vocations ? Quelle est leur motivation réelle ? Quel est leur bagage humain, spirituel, intellectuel et pastoral ? Quels moyens donnons-nous aux formateurs pour accompagner sérieusement ces jeunes ? Et quelles structures économiques mettons-nous en place pour que la formation ne devienne pas un cauchemar insupportable, où la crise économique relègue au second plan l’accompagnement et l’épanouissement de chaque confrère ?
J’attends donc que nos Provinciaux d’Afrique se serrent davantage les coudes. Qu’ils coordonnent, si nécessaire, leurs PDO, leurs bureaux de développement, leurs réseaux d’amis et leurs partenaires. Non pas seulement avec des exhortations, mais avec un vrai plan d’accompagnement, de suivi et d’évaluation des initiatives génératrices de revenus. Nous devons éviter de retomber dans la tentation du “quota”, que certaines Provinces ont parfois adopté autrefois lorsqu’elles ne pouvaient plus porter le poids des frais de formation d’un grand nombre. La solution n’est pas de réduire mécaniquement les vocations ; elle est de mieux discerner, mieux accompagner, mieux former et mieux organiser la solidarité.
La rédaction






Togo – Père Alphonse Owoudou : « Le Curatorium devient donc un lieu de discernement, de communion et de coresponsabilité »